Pluies

La pluie
Bruine passagère
Étend son voile
Sur la forêt.

Les feuilles bruissantes
Sous l’impulsion d’une brise
Éclaboussent sans retenue
Leurs voisines du dessous.

Le soleil
Pourtant
Risque un rayon
Et pose dans les ramures
Un arc aux teintes délicates.

L’ondée
De concert
Calme son ardeur
Et lève paisiblement
Son pendillon de gouttelettes.

Il n’en faut pas plus
Pour que reprennent les chants
Pour que frémissement les fougères
Pour que le murmure des passages
Annonce la clémence du temps.

Alors
Tout s’anime
Le claquement de l’envol
D’une nuée d’oiseaux
Envahit tout l’espace
C’est un rythme
Une mélodie échevelée
Un hymne à l’incertitude.

Mais
Brusquement
Une bise lugubre
Ramène ses guêtres
Avec ses régiments de nuages
Et des hallebardes cinglantes
s’abattent sur l’instant.

Alors
Tout se tait à nouveau
Il ne reste
Que le cinglement de l’orage
Et le ruissèlement de l’eau
Sur un sol engorgé.

Ondée

Fratries

Ce mercredi-là, j’ai invité les écrivants à s’exprimer dans un jeu de réécriture (déjà proposé dans le cadre d’un atelier d’écriture par un autre animateur à la bibliothèque Parment à Rouen). Nous sommes repartis d’un incipit commun, une phrase tirée du roman « Un amour de Geek » de Luc Blanvillain :

« C’est pas vrai !! hurla Thomas, furieux, en balançant sa souris contre le mur. Je me suis fait exclure du jeu par l’administrateur réseau ! »

Pauline, sa petite sœur, qui lisait un livre de filles, assise en tailleur dans le grand fauteuil, répondit calmement : »


Voici le texte que j’ai produit avec la volonté d’être décalé, mais aussi le plus près possible d’une situation au sein de laquelle les personnes ne s’écoutent plus.


« C’est pas vrai !! hurla Thomas, furieux, en balançant sa souris contre le mur. Je me suis fait exclure du jeu par l’administrateur réseau ! »

Pauline, sa petite sœur, qui lisait un livre de filles, assise en tailleur dans le grand fauteuil, répondit calmement :

« Qu’est-ce que tu as fait cette fois ? Tu t’es acharné à coups de ping contre le serveur du jeu ? Tu as baptisé ton meilleur adversaire avec tous les noms d’oiseaux via l’IRC ?

– Non, je trouve que leur serveur lagge à donf, ce n’est pas possible ! J’ai vu leurs machines, pas assez de RAM, des processeurs poussifs ; des serveurs qui tournent encore, tu ne vas pas le croire, sous Windows NT 2000 !

– Excuse-moi, mais je n’ai pas branché le décodeur et n’essaie surtout pas de m’expliquer ! La dernière fois, je me suis chopé une migraine pas possible !

– Et, en plus, ils ont une connexion minable !

– Migraine qui a bien duré une bonne semaine !

– Ils ont un compte internet chez un FAI exotique !

– Voire même un mois, un mal de tête terrible !

– Un débit d’un méga ! Une misère !

– Je m’en fous ! s’écrit Pauline exaspérée, je retourne à mon livre de fille comme tu dis ; livre de fille, pfff, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre… »

Thomas bougonne, cette sœur l’énerve au plus haut point, elle n’est même pas en capacité d’écouter les choses tellement intéressantes qu’il lui raconte… Pourtant, c’est son boulot d’écouter, une éducatrice spécialisée, m’enfin !

Mais Pauline est déjà replongée dans son ouvrage, sûrement un truc pas captivant sans ligne de commande, sans pilote à installer ! Il se penche légèrement pour apercevoir le titre, sûrement un catalogue de la redoute ou des trois suisses, et il lit « Critique sociale du jugement » de… il tente de trouver le nom de l’auteur ; Bondieu ! Non, ce n’est pas Bondieu, c’est… c’est… Bourdieu ! Pierre Bourdieu !

Thomas reste dans l’expectative, non, finalement, rien à faire, il ne connait pas cette ligne de vêtements !