Flashs

Quelques poèmes de type flash, ce ne sont pas des haïkus car ils n’en respectent pas les règles ; l’objectif était d’écrire trois vers exprimant (en peu de mots) une expression, un sentiment ou un ressenti. Voici ces créations :

Du chocolat fin
Fond en cascade
Sur mon palais ravi.

Gobichonner
La quiddité
D’un plaisir partagé.


Quelques définitions :

  • Gobichonner :

    vieux, familier
    TRANSITIF DIRECT
    Savourer avec plaisir. Gobichonner un petit blanc.
    INTRANSITIF
    Festoyer.
  • Quiddité :
    philosophie
    Essence d’une chose telle qu’exprimée par sa définition.

Kaysersberg

Pluies

La pluie
Bruine passagère
Étend son voile
Sur la forêt.

Les feuilles bruissantes
Sous l’impulsion d’une brise
Éclaboussent sans retenue
Leurs voisines du dessous.

Le soleil
Pourtant
Risque un rayon
Et pose dans les ramures
Un arc aux teintes délicates.

L’ondée
De concert
Calme son ardeur
Et lève paisiblement
Son pendillon de gouttelettes.

Il n’en faut pas plus
Pour que reprennent les chants
Pour que frémissement les fougères
Pour que le murmure des passages
Annonce la clémence du temps.

Alors
Tout s’anime
Le claquement de l’envol
D’une nuée d’oiseaux
Envahit tout l’espace
C’est un rythme
Une mélodie échevelée
Un hymne à l’incertitude.

Mais
Brusquement
Une bise lugubre
Ramène ses guêtres
Avec ses régiments de nuages
Et des hallebardes cinglantes
s’abattent sur l’instant.

Alors
Tout se tait à nouveau
Il ne reste
Que le cinglement de l’orage
Et le ruissèlement de l’eau
Sur un sol engorgé.

Ondée

Fratries

Ce mercredi-là, j’ai invité les écrivants à s’exprimer dans un jeu de réécriture (déjà proposé dans le cadre d’un atelier d’écriture par un autre animateur à la bibliothèque Parment à Rouen). Nous sommes repartis d’un incipit commun, une phrase tirée du roman « Un amour de Geek » de Luc Blanvillain :

« C’est pas vrai !! hurla Thomas, furieux, en balançant sa souris contre le mur. Je me suis fait exclure du jeu par l’administrateur réseau ! »

Pauline, sa petite sœur, qui lisait un livre de filles, assise en tailleur dans le grand fauteuil, répondit calmement : »


Voici le texte que j’ai produit avec la volonté d’être décalé, mais aussi le plus près possible d’une situation au sein de laquelle les personnes ne s’écoutent plus.


« C’est pas vrai !! hurla Thomas, furieux, en balançant sa souris contre le mur. Je me suis fait exclure du jeu par l’administrateur réseau ! »

Pauline, sa petite sœur, qui lisait un livre de filles, assise en tailleur dans le grand fauteuil, répondit calmement :

« Qu’est-ce que tu as fait cette fois ? Tu t’es acharné à coups de ping contre le serveur du jeu ? Tu as baptisé ton meilleur adversaire avec tous les noms d’oiseaux via l’IRC ?

– Non, je trouve que leur serveur lagge à donf, ce n’est pas possible ! J’ai vu leurs machines, pas assez de RAM, des processeurs poussifs ; des serveurs qui tournent encore, tu ne vas pas le croire, sous Windows NT 2000 !

– Excuse-moi, mais je n’ai pas branché le décodeur et n’essaie surtout pas de m’expliquer ! La dernière fois, je me suis chopé une migraine pas possible !

– Et, en plus, ils ont une connexion minable !

– Migraine qui a bien duré une bonne semaine !

– Ils ont un compte internet chez un FAI exotique !

– Voire même un mois, un mal de tête terrible !

– Un débit d’un méga ! Une misère !

– Je m’en fous ! s’écrit Pauline exaspérée, je retourne à mon livre de fille comme tu dis ; livre de fille, pfff, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre… »

Thomas bougonne, cette sœur l’énerve au plus haut point, elle n’est même pas en capacité d’écouter les choses tellement intéressantes qu’il lui raconte… Pourtant, c’est son boulot d’écouter, une éducatrice spécialisée, m’enfin !

Mais Pauline est déjà replongée dans son ouvrage, sûrement un truc pas captivant sans ligne de commande, sans pilote à installer ! Il se penche légèrement pour apercevoir le titre, sûrement un catalogue de la redoute ou des trois suisses, et il lit « Critique sociale du jugement » de… il tente de trouver le nom de l’auteur ; Bondieu ! Non, ce n’est pas Bondieu, c’est… c’est… Bourdieu ! Pierre Bourdieu !

Thomas reste dans l’expectative, non, finalement, rien à faire, il ne connait pas cette ligne de vêtements !

Acrostiche

Cet acrostiche est un petit jeu classique réalisé en atelier d’écriture.
Chaque lettre en début de vers est une lettre de mon prénom.
Ainsi, vous pourrez retrouver intégralement mon prénom à la verticale).

Juste le temps d’écrire
Est-ce s’accrocher et
Accepter le défi d’un
Nuage de mots ?

Cocarde d’idées
Les verbes glissent
Au-delà des marges
Une vague d’émotion
Déshabille mes rimes
Et modifie le tempo.

Vous en voulez un autre ?
Toujours avec mon prénom, celui-ci est plus ancien :

Jʼaimerais tant
Encourager lʼhumain
À ne plus sʼentretuer dans
Nos natures dénaturées.

Cʼest un rêve
Lʼhistoire dʼun songe démesuré
Auquel rien ne me préparait
Une lettre ouverte sur lʼavenir
Dégrippant les chaînes
Et ouvrant la porte des cachots.

Déguisement

En qui suis-je déguisé ?

Écrire enfin…

Prendre son clavier, taper quelques lettres, quelques phrases, imaginer une aventure ; se documenter, parcourir le temps et l’espace, s’installer dans une époque, se mettre à la place de ; explorer, deviner, émettre une hypothèse, retracer des chemins, ouvrir des champs et rêver encore…

Les paragraphes s’unissent pour accoucher d’un texte, opuscule lu et relu, exprimé à voix haute jusqu’à buter, corriger, modifier, couper, coller, aligner.

Puis le sourire point, voilà, c’est ma nouvelle… nouvelle !

La vue

Œil

La vue
Évite bien des bévues
Comme d’être pris au dépourvu
Ou de finir en garde à vue

Quand je passe ses avantages en revue
Rien ne bouleverse mon point de vue
Ni l’impression de déjà vu
Même pas un air de m’as-tu-vu

Si tu n’as rien de prévu
Et que d’une bonne heure tu es pourvu
Je te prêterais ma longue vue
T’auras des astres une entrevue